TransDeBains

Beauté artificielle, féminité et privilège

Y'a un bail féministe qui vise à se libérer du patriarcat en renonçant à ses injonctions concernant sa vision de la féminité: on fait la grève du maquillage, de l'épilation, du coiffeur cheros, et du reste.

C'est quelque chose que je respecte, mais duquel je suis gatekeepé en tant que femme trans. Sans ths, sans épilation au minimum de la barbe et des poils les plus visibles, sans maquillage, sans chirurgie esthétique, bref sans artifice particulier, je suis sans ambiguïté reconnue comme un homme.

Et puis, en fait, y'a d'autres problème avec ce mode de pensée.

Vous pouvez être désirable dans vos 20-30 ans, si vous êtes blanche et fine, quelques proportions et sans trait trop disgracieux. Certainement, si c'est votre cas, vous n'avez pas besoin de faire d'effort, bravo. Mais quid des femmes hors de cette minorité que la tradition reproductrice chérit ?

Si j'entends qu'il très serait malavisé pour un homme de dire quoi que ce soit de la façon dont j'ai choisi de me présenter, c'est aussi ma liberté de jouer une compétition de l'attention, du désir ; d'en respecter les codes, pour me permettre un choix, même si je ne suis pas dans les canons de la féminité la plus désirée par le patriarcat.

Cette liberté de jouer le jeu, de signifier notre envie d'être désirée, elle est une influence de taille dans notre capacité à être sollicitée ou au contraire décourager le flirt, selon les occasions, selon nos envies, et même, dans le cas de la transidentité, d'en négocier des modalités.

Donc, bien entendu qu'il y a dans la beauté artificielle une capacité libératrice, comme il y en a une dans la dissimulation, le voile, et l'absence totale d'artifice.

C'est toujours la liberté qui est féministe, et je ne fais aucune hiérarchie politique dans les façons de l'utiliser.